Unuiĝo Franca por Esperanto
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L’Espéranto dans le commerce

Voici une réédition numérique d’une brochure de 1931. L’auteur, André Baudet, était Président de la Chambre de Commerce de Paris et de l’Assemblée des Présidents des Chambres de Commerce, Administrateur-Délégué des Grands Magasins Au Bon Marché à Paris.

Cette réédition restitue le texte mais pas la mise en page d’origine de la brochure, dont il existe deux éditions un peu différentes.

1 – Communication faite par M. A. Baudet à la Réunion des Présidents des Chambres de Commerce (3/2/1931).

Comment l'orateur est venu à l'espéranto.
Un quart d'heure d'espéranto :
Prononciation,     Article,     Substantif,     Adjectif et adverbe,     Pluriel,     Conjugaisons,     Affixes,     Numération. Conclusion, perspectives.

2 – Utilisation de l'espéranto comme langue auxiliaire dans les relations commerciales internationales.

Vœu émis par l'Assemblée des Présidents des Chambres de Commerce (2/6/1931).
Signataires.

Hors-texte : quelques notes complémentaires.


ASSEMBLÉE DES PRÉSIDENTS DES CHAMBRES DE COMMERCE
de France et d'Algérie


 

L'Esperanto dans le Commerce

 


 
PARIS

1931
 


 

I
COMMUNICATION
FAITE
PAR M. ANDRÉ BAUDET,
Président de l'Assemblée
des Présidents des Chambres de Commerce

 
à la réunion
tenue par les Présidents des Chambres de Commerce
le 3 Février 1931.

 


Extrait du Compte Rendu « in-extenso » de la Réunion.



 

L'Esperanto.

COMMUNICATION DE M. ANDRÉ BAUDET,
Président de l'Assemblée des Présidents des Chambres de Commerce.

 

          Messieurs,

Je veux vous apprendre l'esperanto en quinze minutes. Vous saurez, au bout d'un quart d'heure, l'alphabet, la prononciation, l'article, le substantif, l'adjectif, la marque du pluriel, l'adverbe, conjuger tous les verbes ; je vous apprendrai quelques préfixes et quelques suffixes et enfin, si nous avons encore seulement une minute, je vous apprendrai à compter depuis un jusqu'à l'infini. (Sourires.)

Je tiens à vous dire, avant de vous expliquer le mécanisme même de la langue, pourquoi j'ai étudié l'esperanto.

En 1920, lorsque je suis entré à la Chambre de Commerce de Paris, je n'en connaissais pas le premier mot. J'étais sceptique sur la portée de cette langue, car j'avais entendu parler du volapük autrefois, et je vous avoue que je n'avais pas grande confiance dans la réussite d'une langue internationale.

Mais je faisais partie, en 1920, de la Commission de l'Enseignement de la Chambre de Commerce qui était présidée par M. Pascalis que vous connaissez bien. M. Pascalis avait été saisi d'une demande de prise en considération de l'esperanto émanant du Groupe esperantiste de Paris. On nous demandait d'introduire l'enseignement de l'esperanto dans nos Écoles commerciales. Je souriais, comme tous mes collègues, à cette proposition. C'est alors que M. Pascalis, avec le bon sens que vous lui savez, dit : « Moi, je ne connais rien à l'esperanto, mais j'assiste à beaucoup de Congrès internationaux, et, s'il y avait un moyen de se comprendre, ce serait un véritable progrès. Il ne faut pas considérer cette idée comme ridicule a priori. Et tenez, vous qui « rigolez » (je vous demande pardon de l'expression ; il l'a employée familièrement), vous allez prendre le rapport. »

J'ai répondu : « Mon cher Président, avec plaisir, je vous dirai, après examen, ce que j'en penserai. »

Voilà comment j'ai été nommé rapporteur de la question. Rentré chez moi, j'ai ouvert le dossier, j'ai trouvé une grammaire : « l'Esperanto en dix leçons ». Je me suis dit que le meilleur moyen, pour renseigner mes collègues, c'était de lire la grammaire et de voir de quoi il s'agissait.

À ma grande surprise, j'ai été amusé par la lecture de cette grammaire. Cela semble paradoxal de dire qu'on peut être amusé par la lecture d'une grammaire, c'est une chose horripilante en général ; j'ai été profondément intéressé par cette grammaire, et tous ceux qui ont fait de l'esperanto ont la même opinion à ce sujet. Et, deuxième constatation, surprenante également, c'est que je la retenais sans aucun effort. Je lisais le petit livre et faisais les exercices comme un amusement ; je notais au bas des pages le temps que j'avais mis ; je faisais ces lectures dans le métro, en chemin de fer, un quart d'heure par-ci par-là, et j'avais terminé complètement la lecture attentive, comme on lit la règle d'un jeu, au bout de six heures. Mettez dix heures en tenant compte que je me suis un peu exercé ensuite en lisant des revues. Au bout de dix heures, donc, j'ai fait cette constatation, que j'étais capable – et je l'ai prouvé puisque j'ai écrit au Japon – d'écrire une lettre commerciale en esperanto, de recevoir la réponse, et de la traduire sans difficulté. J'ai, depuis, renouvelé l'expérience sur des amis et notamment sur notre cher Président Pascalis qui, je crois, à l'âge de 73 ans, a appris l'esperanto en dix heures ; il m'a écrit une lettre de quatre pages sans aucune faute. (Applaudissements.)

L'expérience est donc absolument probante à ce sujet-là.

Inutile de vous dire que cela m'a un peu étonné. Je suis revenu devant la Commission de l'Enseignement et j'ai dit à mes collègues : « Je suis très troublé ; j'étais fort sceptique, et maintenant, j'ai peur de tomber dans le sens contraire. Je ne voudrais pas embarquer la Chambre de Commerce de Paris trop rapidement dans cette voie, on va peut-être se moquer de nous. L'esperanto, tout le monde rit quand on en parle, c'est comme le volapük. Mais j'ai le sentiment que l'esperanto est au volapük ce que les avions modernes sont à l'avion d'Ader. Je voudrais bien qu'on m'adjoigne quatre collègues de façon à faire une Sous-Commission à cinq, pour étudier la question à fond. »

On m'a adjoint quatre collègues ; parmi eux il y en avait un qu'on avait choisi parce qu'il n'était pas là, il était en République Argentine, sur le bateau de retour. Quand il est arrivé à la Commission où il avait été convoqué, il nous a dit :

— Je ne sais pas pourquoi on m'a mis dans cette Commission, je suis l'adversaire-né de toute langue auxiliaire ; en tout cas, si on en adoptait une, je serais l'adversaire d'une langue artificielle. Il faut une langue nationale, une langue vivante.

— Très bien, laquelle ?

— L'espagnol.

— C'est un point de vue ; moi j'aurais peut-être choisi le français ; les Anglais : l'anglais. Mon cher collègue, ai-je dit, il n'y a qu'une chose à faire, nous ne sommes pas là pour vous ennuyer, vous avez votre liberté, on va vous remplacer.

— Non, dit-il, je suis nommé, je reste.

J'ai proposé un plan à la Sous-Commission, ceci pour vous montrer que cela n'a pas été étudié à la légère.

J'ai proposé d'abord de faire venir le Président du Groupe esperantiste de Paris, M. Rollet de l'Isle, un polytechnicien, un savant, à qui nous avons posé toutes sortes de questions.

J'ai dit à M. Rollet de l'Isle : « Je suis très intéressé, je ne vous le cache pas, par la grammaire, mais pour traduire toutes les nuances de la pensée, comment allez-vous faire en esperanto, avec une langue artificielle ? En français, comme d'ailleurs dans toutes les autres langues, vous avez des idiotismes, c'est-à-dire des expressions intraduisibles. »

Il m'a répondu très simplement :

— Justement ! vous parlez d'expressions qui ne peuvent pas se traduire : c'était la dernière chose qu'il fallait faire dans une langue internationale.

Je suis resté sans arguments contre cette réponse parfaitement logique. Il n'y a pas d'idiotismes en esperanto, on est obligé de s'exprimer clairement. « Quant aux nuances, ajouta M. Rollet de l'Isle, mettez-moi à l'épreuve ; il faut que vous puissiez vous rendre compte. »

Nous l'avons mis à l'épreuve, et voici les expériences que nous avons faites. Cela a duré toute une journée. On a fait venir quatre esperantistes, on les a divisés en deux groupes par moitié ; nous avions choisi des textes, que nous leur avons soumis : un contrat d'arbitrage, les pouvoirs d'un administrateur, et la vente d'un modèle en toute propriété. Ce sont des textes précis qui intéressent les commerçants, les industriels par conséquent, qui pouvaient nous donner une opinion sur la valeur de la langue. Ces textes ont été traduits de français en esperanto par deux esperantistes que nous avons renvoyés ensuite pour les faire retraduire par les deux autres esperantistes, d'esperanto en français.

À l'unanimité de la Sous-Commission, on a reconnu que le sens avait été exactement reproduit à l'exception d'un mot ; mais ce mot a été reconnu défectueux à cause de l'ignorance des traducteurs et non par suite d'un défaut de la langue ; c'était le mot « tiers-arbitre », qu'ils avaient traduit comme « troisième arbitre » parce qu'ils ignoraient le sens de ce mot ; mais lorsqu'on leur a expliqué, ils ont pu parfaitement indiquer l'idée de départager les arbitres dans le terme qu'ils ont employé.

Donc, à l'unanimité, la Sous-Commission a reconnu l'expérience entièrement concluante.

Nous sommes revenus devant la Commission qui m'a chargé de présenter un rapport favorable au principe de la propagation de l'esperanto et de l'enseignement facultatif dans nos Écoles de commerce.

Ce rapport a été approuvé le 9 février 1921, et après sa lecture le premier membre qui a demandé la parole pour l'appuyer énergiquement est celui des membres de la Sous-Commission qui, avant ses travaux, s'était déclaré hostile à toute langue auxiliaire artificielle. (Applaudissements).

 

*
*  *

 

Je vous ai donc expliqué, Messieurs, pourquoi je me suis occupé de la question ; je vais maintenant, car vous n'êtes pas obligés de me croire, vous prouver que l'esperanto est facile, vous allez l'apprendre en quinze minutes. Je commence.

 

Prononciation.

Prenons d'abord la prononciation ; à part q, w, x et y, toutes les lettres existent comme en français, mais certaines ne se prononcent pas de la même façon :

c  se prononce  ts,  comme tsar, et  ĉ  se prononce  tch,  comme tchèque ;

e  se prononce toujours  é ;

g  se prononce  gue  comme gant ;

ĝ  se prononce  dj  comme djinn ;

h  est aspiré et  ĥ,  très aspiré ;

j  se prononce comme  ï  ou comme  y  dans « yeux » ;

ĵ  se prononce comme le  j  français ;

s  ordinaire se prononce comme en français ;  ŝ  se prononce  ch,  comme  cheval ;

u  se prononce toujours  ou.

Une fois que vous savez cela, vous savez prononcer l'esperanto ; parce que l'esperanto est une langue phonétique, c'est-à-dire qu'à chaque lettre correspond un son et un seul ; il n'y a pas de diphtongues, et vous ne devez pas dire : esperanto, mais esperannto ; vous prononcez toutes les lettres à la suite les unes des autres tout simplement. Il y a là une fameuse différence avec le français ; prenez par exemple une phrase qu'on cite souvent : « Les poules qui couvent au couvent ». Un étranger, quand il lit cette phrase, est tout à fait surpris, « couvent » et « couvent » ne se prononcent pas de la même manière. En esperanto, cela n'arrive pas.

On m'a dit souvent : Vous ne pourrez pas faire que des gens de langues différentes prononcent de la même façon. Un Anglais prononcera toujours une phrase à la manière anglaise.

Je réponds : Pardon, il prononcera ainsi s'il n'a pas appris la prononciation ; et tenez, moi qui sais à peine l'anglais, j'ai appris à prononcer l'esperanto à un Anglais. Il n'y aura que de très légères différences d'intonation, mais non de prononciation ; par exemple, l'Anglais dira plutôt : espe-anto, et l'Espagnol : esperranto. J'ai assisté à des Congrès où trente à trente-cinq nations étaient représentées, il n'y avait aucune différence de prononciation. J'ai même présidé un de ces Congrès, c'est ce qui m'a le plus étonné ; le Président qui était un Anglais étant absent, comme c'était à Paris, en 1925, on m'a demandé de présider ce Congrès, alors que je n'avais pas l'habitude de parler l'esperanto, mais seulement de l'écrire quelquefois. J'ai été surpris de comprendre à peu près tout ce qui se disait, bien que je n'eusse pas la pratique de la langue, et de pouvoir m'exprimer à ce Congrès.

En 1923, j'avais été désigné par la Chambre de Commerce de Paris pour me rendre au Congrès de Venise ; j'ai été prévenu huit jours à l'avance et j'étais un des vice-présidents. J'étais très ennuyé. Je savais bien assez d'esperanto pour l'écrire, avec un lexique, mais pour le parler ! Je suis allé trouver le Général Sébert, membre de l'Institut, je lui ai dit : Que faut-il faire ?

— Vous avez huit jours devant vous, m'a-t-il dit, cela va bien, vous allez venir une heure par jour (en réalité je n'ai pu y aller qu'une demi-heure), vous ferez étudier votre rapport par nos secrétaires, vous le discuterez, le corrigerez, vous serez déjà débrouillé.

J'ai pu, en effet, faire un petit speach que j'avais préparé, évidemment, puis, dans la discussion, on m'a jeté à l'eau, et j'ai bien été obligé de parler ; je m'en suis tiré. C'est tout à fait curieux.

Mais le plus curieux, c'est qu'en sortant de ce Congrès de Venise, je rencontre un délégué de la Chambre de Commerce de Pékin et de Tien-Tsin, qui m'arrête et me dit en esperanto (pas en chinois, je n'aurais pas compris !) qu'il avait eu plaisir à m'entendre parler, que je m'en étais bien tiré. Je lui ai répondu. Donc, dès le premier contact, j'avais parlé avec un Chinois ! Dans le couloir du train de retour, j'ai été rejoint par un Hongrois qui parlait naturellement sa langue, que je ne connais pas, inutile de vous le dire. Pendant vingt minutes, grâce à l'esperanto, j'ai pu m'entretenir avec ce Hongrois comme j'avais pu le faire avec le Chinois. (Applaudissements.)

Article.

Passons maintenant à l'article. L'article se dit : la, toujours, au masculin, au féminin, au pluriel, il est inutile de mettre la marque du pluriel, puisqu'il y en aura une sur le nom et l'adjectif.

Donc la = le, la, les.

Substabtif.

Le substantif se termine toujours par un o. Vous aurez par exemple, la komerco (le commerce), la patro (le père), la birdo (l'oiseau), la knabo (l'enfant). Je vous indique différentes racines qui vous montrent des origines nationales variées, mais il est à remarquer que le latin domine. Et Zamenhof, qui était un Polonais et un polyglotte remarquable, avait eu l'astuce de prendre la racine commune, au plus grand nombre de langues ; si bien qu'on peut dire qu'il y a 75% des racines de chaque langue dans l'esperanto. Quand on apprend l'esperanto, on a l'impression que cette langue a été faite pour soi plutôt que pour le voisin. Et cela, tous le étrangers le disent.

Adjectif et adverbe.

L'adjectif se termine toujours par un  a :

komerca,  commercial ;

patra,  paternel ;

frata,  fraternel ; etc.

L'adverbe se termine toujours par un  e :

komerce,  commercialement ;

patre,  paternellement ;

frate,  fraternellement ; etc.

Pluriel.

La marque du pluriel, c'est le  j ;

la komercoj,  les commerces ;

la patroj,  les pères ;

la fratoj,  les frères ;

la knaboj,  les enfants ; etc.

L'adjectif, toujours terminé par un  a,  prend également la marque  j  du pluriel ; exemple :

la bonaj patroj,  les bons pères ;

la belaj birdoj,  les beaux oiseaux ; etc.

Conjugaisons.

Vous avez donc déjà le substantif, l'article, l'adjectif, l'adverbe. Je vais maintenant vous apprendre à conjuguer tous les verbes, ce que je ne pourrais certes pas faire en quelques minutes pour l'anglais ou pour l'allemand, ni pour le français !

Prenez une racine quelconque, vous n'avez que douze terminaisons à retenir. En français vous avez plus de 2.700 terminaisons à apprendre pour conjuguer tous les verbes. En esperanto, il y en a douze.

Celle de l'infinitif est toujours  i.  Exemple :

Bat-i,

battre.

Komerc-i,

commercer, etc.

Pour les autres temps, il faut d'abord savoir les pronoms :

mi,

moi ;

    

ci,

toi ;

li,

lui ;

 

ĝi,

lui (au neutre) ;

ŝi,

elle ;

 

ni,

nous ;

vi,

vous ;

 

ili,

eux, elles.

Cela étant admis, pour conjuguer le verbe, vous énoncez d'abord le pronom puis la racine du verbe à laquelle vous ajoutez une seule terminaison par temps.

Pour l'indicatif présent, cette terminaison est :  as.

Mi bat-as,

je bats ;

Li bat-as,

il bat ;

Vi bat-as,

vous battez ; etc.

Le pronom indiquant la personne, inutile de changer la terminaison. Pour tous les verbes, c'est la même chose :

Mi amas,

j'aime ;

Mi laboras,

je travaille ;

Mi ridas,

je ris.

Pour les autres temps, il en est de même en variant sensiblement les terminaisons, qui sont les suivantes :

Infinitif :  i  ;

    

Passé :  is  ;

Présent  :  as  ;

 

Conditionnel  :  us  ;

Futur  os  ;

 

Subjonctif (et impératif)  :  u .

Exemples :

Ni bat-os,

nous battrons ;

Li bat-is,

il battait ;

Ili bat-us,

ils battraient ;

Vi bat-u,

que vous battiez (ou : battez).

Avec ceci et l'auxiliaire être,  esti,  vous pourrez conjuguer tous les verbes, étant donné que vous retiendrez, en plus des 6 terminaisons que je viens de vous apprendre, les six autres seules teminaisons suivantes pour les participes :

 

PRÉSENT

PASSÉ

FUTUR

Actif.....

  anta

  inta

  onta

Passif....

  ata

  ita

  ota

Exemple :

Mi estas batanta,  je suis battant (je suis en train de battre).

Mi estas batata,  je suis étant battu (je suis battu).

Mi estas batinta,  je suis ayant battu (j'ai battu) ; etc.

J'estime qu'avec ces 12 seules terminaisons à retenir, sans aucune exception ni irrégularité, vous ne mettrez guère qu'une demi-heure pour apprendre à conjuguer couramment tous les verbes.

Affixes.

Avant de vous enseigner à compter de un jusqu'à l'infini, je vais vous apprendre quelques affixes, parce que c'est une des particularités de la langue des plus curieuses et intéressantes. L'esperanto permet les nuances dont je parlais tout à l'heure en intercalant entre la racine et la terminaison, certains suffixes, ou bien, en mettant avant la racine certains préfixes qui font varier le sens.

Voici d'abord un préfixe :  mal  qui indique le contraire. Exemple :

Bel-a, beau.

Mal-bel-a,  laid.

Grand-a,  grand.

Mal-grand-a,  petit.

Long-a,  long.

Mal-long-a,  court ;  etc.

Voici, maintenant, des suffixes.

Je vous ai dit que les noms n'avaient pas de genre, mais il faut bien différencier lesz sexes dans les espèces humaines ou animales. Eh bien, le féminin s'indique par le suffixe  in,  avant la terminaison  o  du substantif. Exemple :

Le père, la patr-o ;

la mère, la patr-in-o.

Le frère, la frat-o ;

la sœur, la frat-in-o.

Le garçon, la knab-o ;

la fille, la knab-in-o.

La descendance s'indique par le suffixe  id.  Prenons un exemple,  la ĉevalo,  le cheval. Comment direz-vous la jument ?

Plusieurs voix. — La ĉevalino…

C'est admirable ? j'entends toutes les Chambres de Commerce qui répondent : la ĉevalino (Rires). Le poulain de dira : la ĉeval-id-o ; la pouliche, la ĉeval-id-in-o. Vous avez, dans toute autre langue, quatre efforts de mémoire à faire pour vous rappeler : le cheval, la jument, le poulain, la pouliche ; en esperanto, un seul effort, il suffit de vous rappeler la racine :  ĉeval.

Autre exemple :

Bov-o,  bœuf ;

bov-in-o,  vache.

Bov-id-o,  veau ;

bov-id-in-o,  génisse.

Prenez alors n'importe quelle racine d'une espèce animale, et vous pourrez toujours former les quatre mots, même si ces mots n'existent pas en français.

Par exemple, nous avons, en français, le lièvre, la hase, le levraut, mais nous n'avons pas « la levraute ». En esperanto, vous n'aurez qu'à ajouter les deux suffixes  id  et  in  à la racine pour faire dériver de lièvre (leporo) la petite hase (leporidino).

Vous êtes dans un laboratoire et vous voulez dire : apportez-moi la petite femelle d'un cobaye (kobajo). Vous emploierez en esperanto, au lieu de cette périphrase, un seul mot :  kobajidino.

Commencez-vous à vous rendre compte de l'extraordinaire richesse d'expression de cette langue qui permet de former des mots qui n'existent pas en français ?

Vous pouver, d'autre part, comme en allemand, former des mots composés ; écrivons par exemple l'adjectif  dik-a,  qui veut dire épais, et le mot  korp-o  qui veut dire corps ;  dik-korp-a  signifiera : corpulent (au corps épais) — je retiens ce mot car il va me servir tout à l'heure.

Je vous apprendrai encore l'affixe  ul  qui indique l'être vivant caractérisé par la qualité qu'exprime la racine. Je m'explique : par exemple  saĝa  veut dire sage ; un homme sage, ou mieux un sage, se dira :  saĝulo.  Eminent, se dit  eminenta ;  un homme éminent se traduira par  eminentulo ;  ainsi, messieurs, vous êtes des eminentuloj (Rires).

Je vous citerai encore deux suffixes ; l'augmentatif  eg  et le diminutif  et.  Exemples :

Bel-a,  beau.

Bel-eg-a,  superbe.

Bel-et-a,  joli.

Malbel-a,  laid.

Malbel-eg-a,  affreux.

Malbel-et-a,  vilain.

Pal-a,  pâle.

Pal-eg-a,  livide.

Pal-et-a,  pâlot.

Pluv-o,  pluie.

Pluv-eg-o,  averse.

Pluv-et-o,  bruine.

Rid-i,  rire.

Rid-eg-i,  rire aux éclats.

Rid-et-i,  sourire, etc.

Vous voyez à quel point on a la possibilité de faire varier les nuances, en ne sachant que quelques racines.

Mais je vous ai dit tout à l'heure que je retenais le mot  dikkorpa,  voici pourquoi.

Cet été, en me promenant, je vois arriver en face de moi, une dame, petite et assez forte ; intérieurement, je pense : « une petite boulotte » et alors je me dis : « voilà un mot que je ne saurais pas traduire en esperanto ! ». Puis, en réfléchissant, pourquoi pas ?  dikkorpa,  nous l'avons vu, signifie corpulent ;  dikkorpulo,  c'est un homme gros ;  dikkorpulino,  c'est une grosse femme ;  dikkorpulineto,  c'est une « petite boulotte ». (Rires et applaudissements).

Je vous signale encore un suffixe ; je ne vous les indique pas tous – il y a en tout vingt-cinq et six préfixes – mais je veux vous citer encore celui-ci, le suffixe  ist.  En français vous dites : un pianiste, un dentiste, un artiste, mais vous dites aussi un tourneur, un quincaillier, un boulanger ; et l'étranger est obligé d'apprendre chaque mot ; tandis qu'en esperanto il n'y a jamais d'exception, le suffixe  ist  sert toujours à indiquer la profession ; vous aurez ainsi,  dent-ist-o,  dentiste, de  dento,  dent ;  pan-ist-o,  boulanger, de  pano,  pain ;  komercisto,  commerçant, de  komerco,  commerce, et ainsi de suite, tant qu'il vous plaira.

Ceci posé, et comme il nous reste une minute, je vais vous apprendre à compter depuis un jusqu'à l'infini.

 

*
*  *

 

Pour savoir compter jusqu'à l'infini, il suffit de savoir compter jusqu'à dix :

unu,

un.

    

ses,

six.

du,

deux.

    

sep,

sept.

tri,

trois.

    

ok,

huit.

kvar,

quatre.

    

naŭ,

neuf.

kvin,

cinq.

    

dek,

dix.

et savoir, en outre, que ;

Cent se dit :

cent ;

Mille se dit :

mil ;

Million :

miliono ;

Milliard :

miliardo.

Ceci posé, pour dire 11, vous dites dix-un  (dek-unu) ;  12, dix-deux  (dek-du) ;  13, dix-trois  (dek-tri),  etc.

Pour dire vingt, au contraire, vous dites : deux-dix  (du-dek) ;  trente, c'est trois-dix  (tri-dek) ;  quarante, quatre-dix  (kvar-dek),  etc.  Vingt-et-un, ce sera : deux-dix-un  (dudek unu) ;  362, ce sera  tricent sesdek du ;  1931, ce sera :  mil naŭcent tridek unu.  Vous pouvez ainsi compter jusqu'à l'infini.

 

*
*  *

 

Le quart d'heure est terminé. Par ce que vous avez appris en quinze minute, je pense vous avoir convaincus qu'il vous faudra à peine dix heures pour savoir correspondre en esperanto… (Vifs applaudissements).

Je ne vous propose pas d'émettre un vœu aujourd'hui. Vous pourrez examiner la question et me dire si vous désirez le faire à une prochaine séance, de façon que les adversaires des Chambres de Commerce ne disent pas, comme on l'a déjà répété, bien à tort, qu'elles sont opposées à toute innovation.

Pour répondre à une question qui m'a été posée par plusieurs d'entre vous, je vais vous indiquer comment on peut se documenter pour apprendre cette langue. Vous pouvez demander « Le Cours par correspondance » édité par la Société auxiliaire pour les applications commerciales de l'esperanto, en vous adressant à M. Petit, 5, rue du Sahel. Je crois que, pour 160 francs, on reçoit tous les fascicules, les dictionnaires et on corrige tous les exercices. Il y a ici des employés de la Chambre de Commerce qui ont suivi ce cours par correspondance et qui écrivent couramment l'esperanto. Je signale que la Foire de Paris, la Foire de Lyon, la Foire de Leipzig, la Foire de Francfort, la Foire de Valence, font des tracts en esperanto.

On va vous distribuer des tracts de la Foire de Paris ainsi que des bulletins d'adhésion, pour ceux que cela intéresserait, à l'association « Esperanto et Commerce » (1), pour l'expansion économique française par l'esperanto, association dont j'ai accepté récemment la présidence.

(1) Siège social : 23, rue Notre-Dame-des-Victoires. Les adhérents recoivent gratuitement le journal : « La Movado » et sont mis en rapport avec les délégués dont il est parlé ci-après.

Vous ne savez peut-être pas qu'il existe actuellement 1.830 villes, réparties dans 80 pays, dans lesquelles il y a au moins un délégué officiel de l'organisme central esperantiste ; j'utilise ce réseau d'inter-communications (car j'appelle cela un réseau, c'est comme le téléphone), j'utilise ce réseau pour demander des renseignements à ces délégués. Dernièrement, un membre de « Esperanto et Commerce », ne pouvant depuis plusieurs mois faire rentrer une créance de 10.000 francs du Chili, a eu l'idée de s'adresser au délégué de Santiago ; le délégué de Santiago a fait rentrer cette créance sans difficulté. (Applaudissements).

L'esperanto est une chose tout à fait intéressante pour l'avenir, étant donné l'effort minime qu'il y a lieu de faire ; il ne s'agit nullement de concurrencer les langues nationales ; on pourrait considérer l'esperanto comme un code de correspondance et de langage international. Sous cet angle-là, je crois que les Chambres de Commerce sont tout à fait dans leur rôle quand elles préconisent l'étude de l'esperanto. C'est pourquoi j'ai accepté, à la demande de plusieurs d'entre vous, de vous faire cet exposé aujourd'hui. J'ajoute que la question progresse. Les Rotariens, qui comprennent 160.000 membres, ont mis la question à l'ordre du jour de leur Congrès de Vienne de cette année. D'autre part, le Comité exécutif de la Chambre de Commerce internationale, présidé par M. Theunis, doit m'entendre le 20 février. Chaque année on voit une augmentation notable du nombre des esperantistes dans le monde.

J'ajoute que, pas plus tard qu'hier, j'ai été sollicité d'aller faire en Hollande, le mois prochain, une conférence devant les délégués et devant les secrétaires administratifs de toutes les Chambres de Commerce de Hollande, ce que j'ai accepté, puisque la question les intéresse. Il y a à La Haye un Institut où professe un homme remarquable, un Hongrois, l'abbé Cseh, qui a cette faculté d'enseigner l'esperanto à un auditoire composé de personnes de nationalités différentes ; cet homme a fait un cours en esperanto, au Congrès international d'Oxford de 1930, à des hommes qui appartenaient à une trentaine de nations.

Il a fait, à la Sorbonne, dernièrement douze leçon ; il y avait 250 personnes le premier jour et l'amphithéâtre n'en peut contenir davantage ; fait extraordinaire pour un cours (car ordinairement on voit décroître le nombre des auditeurs), le dernier jour il y avait 300 personnes ; les gens étaient debout, mais cela ne faisait rien, ils écoutaient parce qu'ils étaient intéressés.

 

Je ne sais si j'ai pu faire de même à votre égard : ceci est une causerie à bâtons rompus, je m'en excuse ; je pense que cela ne vous aura pas trop ennuyés et que je vous ai, en tout cas, en retardant un peu l'heure du déjeuner, donné de l'appétit et peut-être aussi le désir d'utiliser l'esperanto et d'aider à son développement pour la facilité des transactions internationales. (Vifs applaudissements).

 


 

II
 
VŒU
 
émis par l'assemblée des Présidents
des chambres de commerce
dans sa réunion du 2 Juin 1931

 


 

Utilisation de l'ESPERANTO comme langue auxiliaire
dans les Relations Commerciales Internationales

 


 

L'Assemblée des Présidents des Chambres de Commerce,

Considérant que l'utilisation de la langue auxiliaire esperanto est en progrès dans la plupart des pays et que les Chambres de Commerce ne sauraient se désintéresser d'un moyen nouveau d'intercompréhension susceptible de faciliter grandement les transactions dans le monde entier ;

Considérant qu'il ne doit nullement être question de porter atteinte aux langues nationales et, en particulier, à la langue française, dont la littérature, intimenent liée à notre histoire, est riche d'impérissables chefs-d'œuvre ;

Considérant que la langue auxiliaire doit, au contraire, être instituée comme une sorte de code international de correspondance et de langage servant d'interprète entre les nations, et doit, pour cette raison, pouvoir s'acquérir par une étude facile et rapide ;

Considérant que l'esperanto réunit les qualités désirables de clarté et de simplicité méthodique, tant du point de vue de la prononciation entièrement phonétique, que de la grammaire sans exceptions, du vocabulaire et de la richesse d'expressions ;

Considérant qu'il suffit d'une dizaine d'heures d'étude sans professeur à un homme de culture moyenne pour utiliser correctement le lexique de racines comme un véritable code international de correspondance,

1°)  Émet un avis très favorable à la propagation de la langue auxiliaire esperanto ;

2°)  Recommande l'extension des cours dans toutes les écoles et, notamment, dans les écoles d'enseignement commercial ou professionnel ;

3°)  Donne mandat à son Président pour prendre contact avec les Chambres de Commerce de tous les Pays, afin d'établir une enquête approfondie sur les organisations existantes ou en voie de formation et sur les moyens de faciliter l'utilisation pratique de l'esperanto dans les relations commerciales et touristiques.

 


Étaient présents ou représentés les présidents des 115 Chambres de Commerce ci-après :

Abbeville, Agen, Albi, Alençon, Alès, Amiens, Angers, Angoulême, Annecy, Annonay, Arras, Aubenas, Auch, Aurillac, Auxerre, Avesnes, Bar-le-Duc, Bayonne, Beaune, Beauvais, Belfort, Bergerac, Béthune, Béziers, Blois, Bolbec, Bône, Bordeaux, Boulogne, Bourg, Brest, Caen, Cahors, Calais, Cambrai, Castres, Châlon-sur-Saône, Chambéry, Charleville, Chartres, Châteauroux, Cherbourg, Cholet, Clermont-Ferrand, Constantine, Corbeil, Dieppe, Dijon, Douai, Dunkerque, Épinal, Fécamp, Flers, Foix, Fougères, Granville, Gray-Vesoul, Grenoble, Guéret, Le Havre, Honfleur, Libourne, Lille, Limoges, Lons-le-Saunier, Lorient, Lure, Lyon, Mâcon, Le Mans, Marseille, Mazamet, Meaux, Melun, Mende, Millau, Mont-de-Marsan, Morlaix, Moulins, Nantes, Nevers, Orléans, Paris, Périgueux, Péronne, Perpignan, Poitiers, Pont-Audemer, Reims, Rennes, La Rochelle, La Roche-sur-Yon, Rodez, Roubaix, Rouen, Saint-Brieuc, Saint-Étienne, Saint-Nazaire, Saint-Omer, Saumur, Sedan, Sens, Strasbourg, Tarare, Thiers, Toulouse, Tourcoing, Tours, Le Tréport, Troyes, Tulle, Valence, Versailles, Vienne, Villefranche.

S'étaient excusés les présidents des Chambres de Commerce ci-après :

Alger, Arles, Avignon, Besançon, Bougie, Carcassonne, Châlons-sur-Marne, Colmar, Elbeuf, Laval, Mostaganem, Nancy, Narbonne, Nîmes, Le Puy, Saint-Dié, Saint-Malo, Sète, Valenciennes.

 


B - 6047.— Lib.-Impr. réunies, 7, rue St-Benoît, Paris. — 15406.


Hors-texte : quelques notes complémentaires.

André Baudet était arrivé un peu par hasard en 1920 à l’espéranto dont il prit rapidement le parti, considérant de manière pragmatique que ce devrait être la langue mondiale des affaires. Dans les années 1920-1930 les Foires Internationales de Paris, de Lyon, de Leipzig, éditaient des prospectus en espéranto et recevaient un abondant courrier en cette langue. De nombreux Syndicats d’Initiative éditaient des brochures touristiques en espéranto.

En 1931 la grande récession économique commencée en Amérique du Nord ne frappait pas encore l’Europe. Le catalogue de la Manufacture Française d’Armes et Cycles de Saint-Étienne, l’excellente et prospère maison de vente par correspondance, contenait naturellement des pages en espéranto.

La communication d’André Baudet mentionne l'espéranto comme un code de correspondance et de langage international. Il faut clarifier ce fait oublié : afin de réduire leurs dépenses en frais télégraphiques, afin aussi d’assurer une relative confidentialité, les messages entre succursales et maisons-mères étaient parfois codés au moyen de systèmes conventionnels abrégés, les codes commerciaux. En France, le Sittler et le Lugagne étaient très connus, ce dernier offrant même une édition en plusieurs langues dont l’espéranto. Utiliser un tel code commercial revenait quasiment déjà à s’exprimer par langue artificielle.

Les applications de l’espéranto dans le commerce ou le tourisme sont évidentes, y compris pour le domaine des éditions. Mentionnons le Spesmilo "Sm", l’unité monétaire internationale conventionnelle des espérantistes, imaginée par René de Saussure, ou encore la Ĉekbanko Esperantista à Londres, dans les années 1900-1910.

André Baudet est mort au début de la seconde guerre mondiale. Il n’en a pas vu les conséquences sur le commerce mondial, l’utilisation de fait exclusive du Dollar, la monnaie garantie par la formidable reprise d’activité économique que fut la guerre elle-même.

André Baudet était vice-président de notre actuelle Union Française pour l’Espéranto. Notre bibliothèque lui doit beaucoup de sa richesse car c’est par l’intermédiaire de la Chambre de Commerce de Paris qu’elle possède une grande partie de la bibliothèque du Centra Oficejo du Général Sebert, qui lui avait donnée.

 


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